clefs (variation #2)

Pour parvenir ici, slalomer parmi les familles qui patientent sur le trottoir. Croiser les regards des femmes, mères, enfants, plus rares hommes, inquiets, blasés, c’est selon. Etre dévisagé du coin de l’oeil : qui es-tu pour venir franchir le portail principal ? Eux ont une autre entrée, discrète, dédiée, avec d’autres contrôles, renforcés. Chacun son côté de la guérite. Ne pas mélanger et prévenir tout risque.

Pour parvenir ici, se poster devant la grande porte verte, poser la main sur la petite porte verte qui s’y découpe, sentir le froid, attendre, savoir que l’on est observé, identifié, entendre l’ouverture du verrou électrique, pousser de tout son poids. Poser le badge sur le capteur. Saluer la vitre sans tain, ne rien voir, attendre vainement une voix, un signe. Parfois la lueur de dents blanches perce le miroir, un sourire, et un franc salut grésille du parlophone. C’est un événement rare, un humain.

Pour parvenir ici, empoigner l’un des barreaux de la seconde porte du sas, attendre, tête baissée par l’habitude, la pesanteur de ce rituel, parfois saluer des connaissances, embrasser, s’entendre dire ça va, avant l’ouverture du verrou, pousser de tout son poids, le groom est plus serré, ça résiste, tenir la porte aux autres si nécessaire.

Pour parvenir ici, traverser le chemin de ronde entre le mur d’enceinte et le bâtiment A, slalomer parmi les véhicules de transfert, les voitures de police, parfois les hommes en armures noires, d’ordinaire en uniformes bleus ou verts. Saluer encore qui l’on connaît, nous reconnaît. Prendre garde aux surgissements de pelleteuses, aux sonneries lancinantes de recul, c’est en chantier.

Pour parvenir ici, monter trois marches en entendant, à distance, sans attendre, l’ouverture du verrou. Depuis l’intérieur, derrière la vitre, on est repéré depuis longtemps. Pousser la porte qui tremble et part d’elle-même. Saluer dans le vide, par principe. Sortir sa clef, gagner le casier, l’ouvrir, y serrer téléphone, portefeuille, médicaments, clefs de maison, de voiture, USB, le refermer. Reprendre son souffle, une grande inspiration, poser le sac sur le tapis, franchir le portique sans encombre. Après, c’est autre chose, on est dedans.

Pour en sortir, comprendre les codes, détenir les clefs.

 

[ variations sur un même son, clefs (variation #1) ]

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One Comment on “clefs (variation #2)”

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