sur la rive

[ prise de son : Pierre Armand ]

Au bord, c’est autre chose. Me revient quelque chose d’une fraîcheur et d’un détachement. Au bord, je comprends mieux. Le son de la rivière est un leurre. Quand je vis ces moments, m’assurant de ne pas glisser sur les galets moussus, me calant, accroupi, au plus près de l’onde, jamais je n’y prends garde, jamais je ne l’entends. L’entremise froide du micro rend le stratagème limpide. Jamais je n’écoute ce murmure accentué car il agit sur moi. Je suis là, calé, mais déjà ailleurs, en pensée et, à mon corps défendant, emporté dans le courant. Ce son lave et entraîne en soi, bien loin de ce moment même.

Au bord, je me confie à la rivière. Elle n’est qu’un passage vers des profondeurs insoupçonnées. Le son en est la clef. Il ouvre le chemin.


la rivière est là, non loin

[ prise de son : Pierre Armand ]

A distance, le son, d’abord, toujours, m’entraîne à la rivière. Il y a ces murs d’arbres, d’orties, de ronciers que mes yeux peinent à percer. Ils masquent ce murmure pourtant évident sur la carte. Ce murmure incertain, fuyant, que le vent perd dans l’air des cimes. J’ai traversé le champ, m’engouffre parmi les branches qui caressent le cou et griffent les jambes. Mon pas est hésitant. Je suis cet animal qui cherche à s’abreuver.

A distance, rien dans ce son ne dit la bienheureuse suspension à approcher la rive. Pas même un appel. Juste un flux continu aux variations minimes, banales, agaçantes. Une fuite. Un déni. Même les oiseaux trillent au diapason.