sur un toit

[ prise de son : Pierre Armand ]

Seul sur un toit de la ville où je vis.
Un toit haut et vaste, un plateau de béton gravillonné, au droit des voies de chemin de fer d’un côté, d’une petite rue de l’autre. Une falaise grise dans la ville.
Peu de monde en contrebas, il fait trop chaud. Un gosse et son scooter regagnent mollement la Belle de Mai. Calme d’un début d’après-midi d’été.
C’est le toit d’un bâtiment qui n’est plus aujourd’hui. Plus tel qu’il joue là. Avec son passé qui s’agite dans le vent, les pales folles des extracteurs d’air abandonnés.
Bâtiment industriel reconverti. De nouveaux sons à venir. C’était il y a un an.

Je pense une nouvelle fois à John Cage, à cet entretien dans son appartement, même si je cherche encore du sens là où il n’y aurait que résonance.

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garder ses oreilles ouvertes

« Jadis, on imaginait que la musique existait d’abord dans l’esprit des gens – et en particulier des compositeurs. On l’écrivait, et on était censé l’entendre avant qu’elle devint audible. D’après moi, au contraire, on n’entend rien avant. Le solfège est justement la discipline qui permet d’entendre un son avant même qu’il ait été émis… Seulement, avec cette discipline-là, on devient sourd : on s’entraîne à n’accepter que tels et tels sons, et  non pas tels et tels autres. S’exercer au solfège, c’est décider à priori qu’on trouvera pauvres les sons de l’environnement. C’est pourquoi il ne peut y avoir de solfège « concret » ! Tout solfège est, par nécessité, par définition, « abstrait »… Et dualiste ! Pour le solfègiste, tout son de l’environnement est mutilé ; il manque de tonalité. Vous comprenez alors pourquoi je n’éprouve pas le moindre intérêt pour le solfège : je ne me suis mis dans la tête aucune idée de perfectionnement des sons, aucun parti pris d’amélioration de la race sonore. Je garde simplement mes oreilles ouvertes. »

John Cage
Pour les oiseaux, Entretiens avec Daniel Charles, L’Herne, p. 85