la compagnie des arbres

J’ai suivi les pas de l’enfant que j’étais et le son, comme souvent, ne témoigne que d’oiseaux.

Je suis revenu dans la petite ville aux grands murs de coton, aux murs de poussière, aux murs étouffant les voix, les visages, les pas de côté, m’enserrant tout petit tout entier, absorbant le soleil même et les départs possibles, ne laissant jaillir au sol que les cris des roquets immortels, tandis que tout là haut, si haut que ces murs n’en peuvent mais, si haut que d’impuissance ils s’effritent, des branches en fuites éperdues se livrent au vent, érodent les parements, les émondent à leur tour, les écalent, les réduisent joliment à leurs pesanteurs vaines et, tôt ou tard, les affaisseront.

L’homme au visage d’avant m’a demandé si faire ce film m’avait apaisé. J’ai dit je ne sais pas. J’ai dit la colère est autre mais la colère est là. J’ai dit quelque chose a changé. J’ai souri. Les mots d’Antoine Emaz ne me sont revenus que le lendemain soir : « Écrire / ne soigne / ni n’avive / accompagne seulement ». Compagnie nécessaire que cet objet qu’on sort de soi. Double qui éclaire et consolide. Présence devenue tangible, branche à laquelle s’agripper, aux autres projetée, comme une pique, comme un pont, qui m’a conduit ici, pour commencer.

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