pluie qui cloche

pluie qui pèse qui plaque qui colle au zinc
pluie de lassitude de fatigue d’abattement
pluie de novembre ici
en l’absence

un vendredi matin dans la grande ville qui tousse
la grande ville qui masse amasse épuise
la grande ville au soir si belle
mais si grise au réveil

pluie qui claque mate sans écho
pluie qui leste les tracas

ne plus retourner dans le cube noir et sourd
rester un peu au chaud avant de repartir
rester un peu au sec pour croire y voir plus clair

pluie sans nuage ou le nuage c’est nous

à peine un répit un instant le temps
qu’un au-devant nouveau s’invite et goutte
et recouvre et noie sans semonce
ni pitié à peine la fraîcheur

pluie à peine qui embue ratatine les épaules
puis glace d’un coup la nuque
d’une pique solitaire

envie d’une pluie jolie comme dans la chanson


ressac

[ son pris sans viser, enregistré sur un trajet donné pour écouter ensuite ]

 

avenue Mathurin Moreau (Paris 19e)
longeant le siège du PC jusqu’au quai du métro Colonel-Fabien
septembre 2012

 

de retour encore
dans la ville tête
dévorante

marcher

le micro dans le sac
battant ma mesure
d’aplomb

le micro comme filin tendu
hèle la surface
la bouée

les mots m’échappent autant

que ces ondes insensibles
portiques inouïs du métro
mobile banal que la plongée affole
qui toujours réclame de rester connecté

que ces inconnus immergés
vus sans les voir les entendre
moins encore

demeure tout en dedans tout au fond
occupé de moi-même recroquevillé
l’aveugle regard tendu vers
la lueur finale

mais loin d’ici les plus aimés
m’échappent plus encore

les mots m’ont déserté
alerte vive ignorée
fanal vain

j’évolue là

sous la ligne de flottaison
les poumons serrés

sortir vite
à l’air
tenir