échos martiaux

[ prise de son : Pierre Armand ]

Les sons de la nuit ont fait ressurgir ce son-là, enregistré sur le port de Port-de-Bouc, un 14 juillet, en fin de matinée, il y a un an.

Hier soir, alors qu’ordre et fanfares cédaient le pas aux pétards, je notais :

L’écho de la démesure emplit l’air de la ville. L’artifice est sur les plages cette année.
Sous ma fenêtre, la vie suit calmement son cours.
Frappant comme à distance dans la ville creuse, sans la liesse, ne reste de l’émerveillement d’enfant que l’écho martial.

Les déflagrations officielles se propagent maintenant en multiples éclats de voix.
Une basse rythmée se rapproche. Les vitres frémissent.
Klaxon, crissements de pneus soudains, chacun se crée ses manèges.


sur un toit

[ prise de son : Pierre Armand ]

Seul sur un toit de la ville où je vis.
Un toit haut et vaste, un plateau de béton gravillonné, au droit des voies de chemin de fer d’un côté, d’une petite rue de l’autre. Une falaise grise dans la ville.
Peu de monde en contrebas, il fait trop chaud. Un gosse et son scooter regagnent mollement la Belle de Mai. Calme d’un début d’après-midi d’été.
C’est le toit d’un bâtiment qui n’est plus aujourd’hui. Plus tel qu’il joue là. Avec son passé qui s’agite dans le vent, les pales folles des extracteurs d’air abandonnés.
Bâtiment industriel reconverti. De nouveaux sons à venir. C’était il y a un an.

Je pense une nouvelle fois à John Cage, à cet entretien dans son appartement, même si je cherche encore du sens là où il n’y aurait que résonance.


un matin d’été

[ prise de son : Pierre Armand ]

Ce que ce son ne donne pas, c’est la proximité de la centrale thermique de production d’électricité. Sa proximité extrême. Ses quatre cheminées tricolores plantées sur le rivage, en regard de la plage. Ce qu’il ne peut dire, du fait de la distance, faible mais suffisante pour que le son s’envole, pour que le vent fasse l’effaroucheur et dissémine le vrombissement des torchères, c’est la raffinerie, plus inquiétante encore, à perte de vue. Mieux vaut parfois fermer les yeux.

C’est le souvenir du lieu qui a ressurgi en premier. Ce son ne reste, pour moi, qu’un déclencheur. A la réécoute, domine un très fort sentiment de fausseté, d’abord, puis d’étouffement. La bande-son d’un mauvais rêve. Les images, les odeurs, qui saturent encore mes sens, privent ce son de son innocence.