pêche et maléfice

Envie de mettre en avant cet extrait qui m’est venu, hier, en écho à un commentaire sur cette question des écarts entre sons et mots. L’image même de ce que je recherche ici.

“L’attrait de la pêche tient, formellement, dans l’instant très court où quelque chose a quitté sa place pour faire intrusion dans une autre en conservant les propriétés qu’il tenait de la première. Tout commence à la déchirure soudaine de la surface, quand ça a pris et que ça se refuse à en tirer les conséquences, à venir jusqu’à nous, de l’autre côté. Ça fait toute une histoire scandée de rapprochements et de fuites, ponctuée de lueurs sourdes et d’éclats brillants, de réticences, d’abandons. Parfois, elle tourne court, quand le poisson, si c’en est un, s’il existe avant de s’être matérialisé dans l’air, rompt le fil ou se défait du flocon de plume qu’on lui avait fiché en gueule. Mais parfois, elle aboutit et le maléfice, aussitôt, commence à s’exercer.”

Pierre Bergounioux
La Ligne, Verdier, p. 18

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