ciels

Il y avait ce brouhaha, cet avion lancé, et je n’en étais pas. Ce brouhaha, autour de moi, dans mes oreilles, assourdissant, aigre, grinçant, comme un rappel inexorable, mais devant moi, devant mes yeux, dedans mon crâne, un horizon, une issue, un texte, un texte tout neuf qui m’emportait.

Un cri et plus encore. De l’air, de l’air pur et violent, inspirant, en brassées, une bourrasque qui regonfle et balaie la torpeur de semaines, mois de lutte, à tenir, tenir bon, tenir moins, tenir mieux, contre un mépris certain — incompréhensible disiez-vous, options différentes disiez-vous, inutile disiez-vous, vous disiez la raison parle tu verras — c’était vos mots et ça lessivait.

Et voici ce texte qui tombe pile pour me rappeler qu’il existe un nous, encore, que nous ne sommes pas seuls, comme nous le croyions, que nous ne sommes pas si peu, comme nous nous le disions — si peu que nous étions à nous le dire encore — que c’est possible encore, que donc non, pas si seuls ni si peu, il faut tenir encore, et mieux, et bon. Nous sommes et tout ne tient qu’à nous.

J’entends ainsi ce texte où l’on passe par ceci :

[…]
Nous voyons au-delà de votre ciel.
Vos institutions, vos lois, vos coutumes, vos hiérarchies,
votre amour filial, votre amour de l’autre, votre amour de la patrie,
votre respect, nous voyons au travers, et nous rions.
Vos paravents, nous les connaissons.
Nos regards transpercent toutes vos conventions.
Et nous rions.
Les mots vous font peur.
Les images vous font peur.
Vous êtes du côté de la pudeur.
De la retenue.
Une fois que vous vous êtes lâchés dans la lâcheté,
vous pratiquez la retenue !
Les phrases vous font peur.
Quand les êtres irradiés, rebâtis, issus de ruines vous parlent,
Quand le doigt vous montre, vous inspectez l’ongle.
Vous sortez votre pudeur votre retenue,
et votre sainte discrétion.
Nous, nous rions.
Car nos dents luisent dans toutes les nuits.
Toutes les nuits, les vôtres et les nôtres.
Vous ne savez même pas ça.
Vous ne savez même pas qu’il y a plusieurs ciels dans la nuit.
[…]

« Quand les êtres irradiés, rebâtis, issus de ruines vous parlent, / Quand le doigt vous montre, vous inspectez l’ongle. » Oui, c’est ce miroir exact qu’il faut leur tendre.

Comment nous vous aimons, ce texte de Claude Ponti, est publié par publie.net dans la collection Ouvrez ! A lire d’un souffle pour ne pas perdre l’équilibre.

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