bâtir un silence

 

12 juillet. — L’ami est revenu : joueur d’échecs quand il ne travaille pas et tailleur de pierre quand il a le temps. On a porté une petite table dehors, un jeu, des pièces de bois.

— Tu prends les blancs ?
— Si tu veux.

Un gros coq roux s’est perché sur une pierre pas loin de notre arbre.

— On dirait que ça l’intéresse.
— Qui sait ?

Avant de commencer on a mangé du salé, du sucré ; on a bu du vin puis on a ramassé tout ce qu’on trouvait pour bâtir un silence. Un silence qui dure longtemps, au moins jusqu’à l’heure de la lampe, quand les voix, brisant leur volière, s’élancent de voûte en voûte.

Jusqu’au soir nous avons dérivé sur nos chaises puis, comme on aperçoit une terre au loin, un village, un homme se rapprochant, une porte, un repas ; nous sommes rentrés.

Un dernier regard vers ces feuillages qu’on ne connaît jamais, un dernier appel vers ce qui reste dehors, oublié, insaisissable : on entendait les oiseaux se retirer dans la nuit comme un chant qui s’éloigne.

Dedans je regardais l’ami sous la lumière brutale de l’ampoule : il souriait. On aurait dit qu’il venait d’arriver, m’apportant quelque chose : une poignée de terre ou une poignée de main, des feuilles.

Oui, c’est ça : quelques feuilles dans une main d’homme.

 

Thierry Metz, Le journal d’un manoeuvre, L’Arpenteur, p. 61-62

 

Extrait venu en écho à l’attente.

Auquel j’ajoute un lien vers L’homme-taupe, beau texte de Sylvie Gracia consacré à Thierry Metz (revenu en mémoire grâce à @CharlineValerie sur Twitter).

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